Vers une intelligence artificielle à la hauteur du mutualisme ? (3)

.

Cet article est le troisième d'une série de 3 articles, dont vous pouvez retrouver le contenu dans le PDF ci-dessus.

VERS UNE INTELLIGENCE ARTIFICIELLE A LA HAUTEUR DU MUTUALISME ?

L’éthique des pratiques

Dans une situation quotidienne et sur un périmètre d’activité précisé, l’éthique des pratiques peut se définir comme un exercice de discernement embrassant et examinant à la fois les cinq axes des buts et objectifs, valeurs, données et statistiques, représentations et modèles, lois et réglementations qui façonnent nos regards sur les faits et les situations.

A l’expérience, le repérage cursif des malentendus, oublis, blocages, déficits, dissonances, distorsions, absences de hiérarchisation entre les cinq axes a une forte portée opérationnelle. On s’efforce de discerner les écarts qui fabriquent des inéthiques.

Les apports des sciences du danger [1]Georges-Yves Kervern (1935-2008), inventeur principal des cindyniques, les sciences du danger. , [2]Georges-Yves Kervern, Eléments fondamentaux des Cindyniques, Economica, 1999. d’une part, et ceux de la gestion de crise
[3]Jean-Marie Fessler, Contribution à l’économie des crises. La crise à l’hôpital ?, thèse soutenue le 30 juin 2006 à l’Université Claude Bernard-Lyon I. Ses principaux éléments ont été … Continue reading , [4]Nous remercions Patrick Lagadec, expert des polycrises et promoteur de forces de réflexion rapide. d’autre part, peuvent largement nourrir l’éthique des pratiques.

Quel est l’objectif fondamental ? Au nom de quoi va-t-on juger ? Quelles expériences ou observations répétées allons-nous solliciter de nos mémoires et dans nos échanges aussi simples que possible ? Quels modèles nous aident, plus ou moins, à comprendre ? Quelles sont les règles d’action de nature
légale et déontologique ?
Statistiques, représentations,  réglementations relèvent de référentiels surpuissants. 

Le souffle démocratique, mutualiste et coopératif les inspire-il assez ? Valeurs et objectifs peuvent subir des distorsions entre valeurs proclamées et pratiquées, objectifs réels et affichés.
L’éthique des pratiques vise à inspirer nos vies quotidiennes. Son cadre de perception des tensions et torsions peut agir sur les racines de situations personnelles, familiales, affinitaires, professionnelles, sociales et politiques.

Le fait même d’appeler le plus souvent possible les cinq axes qui jouent dans la plupart de nos actions permet d’éviter de nous enfermer dans des bulles cognitives et des automatismes de pensée, d’action et de discours. [5]Anne-Marie de Vaivre, Jean-Marie Fessler, Vers l’éthique des pratiques, Revue de l’académie de l’éthique, [im]Pertinences, n°9, Hiver 2019/2020, pp. 19-45.

V. Le nécessaire débat éthique et infoéthique [6]Jean-Marie Fessler, Problématique éthique de l’usage des informations de santé publique, thèse soutenue le 9 octobre 1997 à l’Université René Descartes-Paris V. Le texte, actualisé en … Continue reading … à l’usage de l’IA

Tentons maintenant une définition du débat éthique. L’étymologie propose plusieurs ascendances à débat : effort mais aussi rivalité, procès, jugement.
Le débat éthique mobilise des exigences personnelles et collectives.
Il est alliance d’une consultation organisée en considération les uns des autres et d’une volonté de position partagée.
S’agissant du débat infoéthique, c’est-à-dire centré sur la fabrique des informations, les systèmes d’IA tout  particulièrement, il en va de même.
On s’efforcera d’y éviter moralisme et leçons données aux autres, procès d’intention, confusion des arènes, absence de réciprocité et grilles de lecture dogmatiques qui ruinent la construction d’un collectif. Le « ou/ou » y tue le « et/et ».

Le débat éthique et infoéthique, donc : choisir d’être humain [7]Choisir d’être humain est une référence au livre de René Dubos, publié chez Denoël en 1977, et au manifestedu Pr. Jean-Paul Escande, Manager l’écologie-Préempter le futur, Valeurs Vertes, … Continue reading , dans une démarche volontaire pour comprendre les fondamentaux des autres, à distance des anachronismes, du ressentiment, mémoire infectée, du mensonge et des arrière-pensées.
Puisant dans les années d’expérience de l’espace éthique des établissements de soins de la MGEN, Dialogue et Partage, on peut essayer d’en décrire les formes.

Non-violent, il est préalable à l’engagement de décisions et programmes portant nombre d’impacts.
Sa valeur intrinsèque réside dans les perceptions, échanges et décisions de ceux qui acceptent d’y participer de manière sincère, sans complaisance.
A distance de l’entre-soi, il est ouvert et organisé.
Nous n’y sommes pas dupes de nos divers biais cognitifs possibles et de nos sous-jacents profonds respectifs. Méditer « Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur » d’Edgar Morin s’impose plus que jamais. [8]Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, UNESCO, 1999, https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000117740_fre

Il procède par une recherche des faits, des causes des faits, des conséquences des causes des faits et enfin des véritables problèmes. Il examine la vérité des faits, la justesse des normes, la sincérité des sujets. Le courage de la nuance est
sollicité. [9]Jean Birnbaum, Le courage de la nuance, Seuil, 2021, avec Albert Camus, Hannah Arendt, Raymond Aron,
Georges Bernanos, en particulier.

Pouvoir y exprimer un enthousiasme, une souffrance, une anxiété, un échec, une proposition spontanée n’est pas le propre de n’importe quelle réunion.
Indiscrétions et commentaires désobligeants ou hypocrites n’y sont pas de mise. La volonté de savoir ne doit-elle pas écouter la parole du silence, dimension intrinsèque de l’altérité sans laquelle il n’y a pas d’éthique ?

Le propre du débat éthique semble résider dans le respect des valeurs liées suivantes : la primauté de la personne et de sa dignité ; le libre examen, humour et éthique heureuse compris ; la reconnaissance de la nécessité de la
cohésion sociale. [10]Nous attirons l’attention sur les travaux de Nina Tarhouny qui propose le concept de sociovigilance.Les risques psychosociaux au travail, l’Harmattan, 2020. … Continue reading
D’autres formes de débat sont bien sûr nécessaires. Cependant, l’urgence, la donne hiérarchique, les intérêts légitimes des parties prenantes, les obstacles à la pluridisciplinarité, la gouvernance par les textes et les nombres les faussent.
Nos organisations mutualistes y échappent elles mieux que d’autres ?

Le débat éthique a une utilité particulière. Il développe une double faculté rare d’anticipation et d’attention. Que se passe-t-il si ? [11]Nous devons la force de cette question au Pr. François Lhoste.
La force de l’anticipation devrait être supérieure à celle du constat indigné dont le coût social est élevé.
Alors, nous saluons les travaux de la Société française de prospective.
Nous interroger réellement sur la substance des changements indispensables, les prix à payer, par qui, selon quels agendas, n’est-ce pas juste et efficient ?
Le débat éthique acquiert une précision dont l’efficience peut se mesurer à l’aune des attaques adverses : soupçon systématique, dérision, récupération, confection du consentement, etc. Jusqu’à la saturation de notre attention par le bruit médiatique sans hiérarchie ni discernement. Par exemple, en ne parlant pas des conditions réelles de vie et de travail.

Le respect à l’égard des professionnels de la première ligne évitera bien des blessures et des heurts. Selon l’évidence de la parité, leur participation s’impose. Cette règle permet d’apprécier la profondeur et la qualité de nos acculturations respectives à l’IA et des progrès à entreprendre.
Au chapitre de la mise en œuvre, un débat éthique pourrait porter sur des cas concrets manifestant les points d’accord et de désaccord sur la raison d’être de nos organisations mutualiste, l’origine et le meilleur usage de nos budgets, nos
multiples partenariats, par exemple.
Et encore le développement de l’infoéthique. S’il s’agit de l’application de la délibération éthique à l’information, ce qui donne une forme à l’esprit, comment, pourquoi, pour qui nos « modèles » ont-ils été dessinés ? Interroger la légitimité éthique des processus de modélisation symbolique semble une condition de leur appropriation démocratique et de leur vie ultérieure.

Il en va ainsi des multiples indicateurs construits hors de toute théorie de la mesure. Ne sommes-nous pas en droit d’interroger les méthodes de l’IA sur ces points ?

Lors d’une prise de décision à portée éthique, on pourrait mettre en exergue les buts poursuivis, la méthode empruntée, la décision commentée, les divergences qui demeurent, l’engagement des dirigeants et la date d’évaluation des impacts.
Il s’agit, momentanément dégagés de certaines contraintes, de débroussailler les problèmes, d’instruire des questions polymorphes, sans chantage à la solution.
Face à l’IA et aux décisions qu’elle nécessite, à toutes les échelles, nous devons accueillir avec la plus grande ouverture d’esprit la diversité des questionnements. En nous inspirant des penseurs et praticiens Marie-Jo Thiel et Xavier Thevenot (1938-2004) [12]Marie-Jo Thiel, Xavier Thevenot, Pratiquer l’analyse éthique, Les Editions du Cerf, Paris, 1999. , nous nous interrogerons. Nos fibres et organisations mutualistes y sont clairement sensibles.

  • Quelles seront les personnes impliquées et les relations entre elles ?
  • Quelles seront les difficultés de la décision ?
  • Quelle sera la problématique éthique principale ?
  • Quelles seront les questions majeures à soulever ?
  • Quelles seront les circonstances : où, quand, comment, pourquoi ?
  • Quelle sera l’intention ?
  • Quelles seront les motivations plus ou moins exprimées ?
  • Quelle sera la motivation décisive ?
  • Aura-t-on prévu ou envisagé les conséquences ?
  • Quels seront les moyens employés ?
  • Quelles peuvent être les « surprises » dans l’exécution ?
  • Y aura-t-il référence à des normes établies selon les règles de l’art ?
  • Y aura-t-il délibération, conduite qui met en balance, pèse, compare, examine et selon quelle configuration ?
  • Quelles seront les conséquences directes, indirectes, à court terme et à long terme et les retombées sur les acteurs et les représentations que ceux-ci ont d’eux-mêmes ?
  • Quelle part est faite à l’étude des autres décisions possibles ?
  • Les moyens mis en œuvre sont-ils cohérents par rapport à l’intention poursuivie ?
  • Le but poursuivi sera-t-il atteint ?
  • Quelle est finalement l’envergure humanisante de cette décision ?

Sans prétendre à un plein accord sur chacune de ces questions, faire l’impasse conduirait à des retours dégradés, à des éclairages flous, voire à divers phénomènes de régression.
Textes, images, sons et films produits par l’IA seront utilement proposés à ce questionnement initialement organisé pour des textes et discours.

  • Quel est le thème principal du texte ?
  • De qui et de quoi parle ce texte ?
  • Quelle est la place du « je » de l’auteur ?
  • Quelle est la stratégie du texte pour entraîner l’adhésion de qui ?
  • Quels sont les ressorts psychologiques utilisés ?
  • Les concepts et les termes sont-ils explicités ?
  • En quoi l’ensemble narratif est-il séduisant ?
  • Quel est le message informatif ?
  • L’argumentation est-elle solide ?
  • Dans le texte, quelle est la place de l’analyse du réel ?
  • Quelles sources documentaires sont citées ?
  • Comment le texte prend-il en compte l’anthropologie et la temporalité ?
  • Quel est l’enracinement socioculturel et géographique de l’écrit ?
  • Quelles sont les valeurs promues ?
  • Quelles références le texte fait-il aux sphères du pouvoir, de l’économie et des médias ?
  • Finalement, quels sont les ordres de justification évoqués – notoriété, passion, intérêt général, anecdote ou autorité, compétence et statistique, notamment – ?

Il demeure que, constamment, nous aurons à affronter l’artificialisation de la pensée. Les débats mutualistes et infoéthiques demandent des efforts collectifs : la reconnaissance du polymorphisme des questions ci-dessus, le partage des différentes positions, l’anticipation mais aussi le refus de paraître clore un débat éthique, le suivi des propositions d’amélioration continue, la publicité de priorités. A l’instar de la pratique médicale, l’entraînement à la surprise est de première importance.

VI. Quelles capacités mutualistes les débats éthiques et infoéthiques peuvent-ils nous aider à améliorer ?

Sur le terrain de l’IA comme dans tant d’autres domaines, les foires d’empoigne et l’état du débat public sont tels que les regards infoéthiques semblent trop souvent rétrospectifs et assujettis à des intérêts disciplinaires.

Faute d’entraînement au global et à l’anticipation, peut-on critiquer celles et ceux qui s’échinent dans leur couloir de nage ?

A défaut d’une conclusion qui serait prématurée sur le thème « Vers une intelligence artificielle à la hauteur du mutualisme ? » 14 propositions peuvent être soumises.

① L’écologie de l’action.
Il s’agit de dynamiser nos aptitudes à la coopération entre les femmes et les hommes, les générations et les disciplines. Expliquer et nous expliquer.
Ainsi, par exemple, est-il largement temps de nous demander de qui proviennent les financements de l’IA ? Publics, privés, participatifs, dans quelles proportions et selon quels circuits ?

② Une approche plus ascendante. En évitant distorsions hypocrites entre mots et actes et pièges de la démagogie et du manichéisme : ils, eux, on… Dans un pays saturé de classements, pliages algorithmiques et groupages forcés, qui
polarisent.
La puissance autoritaire d’un management basé sur des représentations tronquées est une violence faite aux métiers qui seuls permettent d’avoir une expérience humaine véritable.

③ Une morphologie des inéthiques serait utile : fausse promesse, mots chosifiant, objectif intenable, laxisme, inertie… Leurs dommages et coûts peuvent être considérables : altération de la réputation, réactions adverses des parties prenantes, organisations syndicales, financeurs publics et privés…

④ La science du danger aide à détecter et prévenir les déficits et dissonances entre objectifs, valeurs, statistiques,  représentations et réglementations. De la dilution des délégations à l’absence de prise en compte de la santé et de la santé mentale au travail, d’impacts écologiques nuisibles majeurs.

⑤ Au plan international, travaux et déclarations fondamentales sur les Droits Humains, visant à promouvoir la paix et une éthique pour le 21 ème siècle, sont très vulnérables.
Dans ces conditions, pourquoi la ponérologie politique, l’étude de la genèse du mal en politique, que l’on doit au Dr. Andrew M. Lobaczewski (1921-2007) et à des scientifiques héroïques, est-elle méconnue ? [13]Andrew M. Lobaczewski, La ponérologie politique – 2 ème édition : La science du mal, la psychopathie, et les origines du totalitarisme, Pilule rouge, 2024.
Quant aux données que capte l’IA, imaginons un instant qu’elles soient massivement consacrées à une histoire constructive de l’Humanité…
Prendre rapidement au sérieux la proposition de Déclaration universelle des droits de l’esprit humain du Pr. Mark Hunyadi serait raisonnable, n’est-ce pas ?

⑥ Et la com’ ?
Saluer les travaux de François Belley, cité plus haut, s’impose à nous.
Quel parcours des fictions et excitations de la communication 1.0 top-down, 2.0 le dissensus vendeur, 3.0 la robotisation du contenu ! Quel triomphe de la forme sur le fond, des messages d’autopromotion et de montées aux extrêmes, toutes et tous chauffés à blanc et obsédés d’avoir raison et de paraître tout connaître.

« Le souci de sa propre image, voilà l’incorrigible immaturité de l’homme », écrivait Milan Kundera (1929-2023) [14]Milan Kundera, L’Immortalité, Gallimard, 1990. . De fréquents retours à Jean de La Bruyère (1645-1696) seraient salutaires. [15]Jean de La Bruyère, Les caractères, 1688. https://www.gutenberg.org/cache/epub/17980/pg17980-
images.html

⑦ Améliorer notre pensée…
Physicienne, ayant subi les deux totalitarismes successifs en Roumanie, Mioara Mugur-Schächter propose une méthode dont la mise en œuvre nous permettrait, a minima, d’améliorer nos descriptions, récits mentaux et échanges éthiques.
Patrick Lagadec ouvre de nouvelles routes : Nous entraîner à être surpris… [16]Patrick Lagadec, Sociétés déboussolées. Ouvrir de nouvelles routes, Persée, 2023.
Des éléments de synthèse portant sur l’épistémologie de l’IA et largement diffusés seraient utiles.

⑧ Nous aurons aussi à affronter l’artificialisation croissante des pensées, dialogues et décisions. Sur la base de régularités observées et de calculs peu discutés, les machines à prédire contribuent à la « dé-futurisation » du possible.

Permettez à des mutualistes de souligner que l’économie réelle n’est pas binaire. Suivons le Pr. Henry Mintzberg lorsqu’il souligne le rôle de rééquilibre de l’économie sociale et solidaire [17]Henry Mintzberg, Rééquilibrer la société. Entre le secteur privé, le secteur public et ceux qui agissent
différemment, Maxima, 2017.
et, pour la France, Timothée Duverger, dans sa récente synthèse. [18]Timothée Duverger, L’économie sociale et solidaire, Editions La Découverte, 2023.

Deux-tiers des Français sont impliqués comme bénévoles, adhérents ou donateurs dans une association. Le monde santé social en bénéficie largement. Localement, bien des situations humaines en sont améliorées.
Il n’y a rien de plus puissant que des personnes qui font ce qu’elles font parce qu’elles ont envie de le faire. Envie d’une économie de la vie.

Quelques illustrations.

Bien des formes d’encouragement et de soutien seraient les bienvenues. Est-il indispensable de faire passer la moindre demande de financement sous les fourches caudines d’appels d’offre surdimensionnés ?

  • Le blog de Dominique Bidou, ancien directeur au ministère de l’Environnement, propose un dictionnaire du développement durable. A paraître : Recivilisation. Pour un futur durable. [19]Dominique Bidou, Recivilisation. Pour un futur durable, Kubik Editions, à paraître le 29 mai 2025. Nous le citons : « Faire avec le plus possible, contre le moins possible. » [20]https://www.dictionnaire-du-developpement-durable.fr/
  • Auteur du Standard universel de la propriété intellectuelle, Alain Souloumiac, propose une manière de protéger les innovations socialement et écologiquement utiles, de libérer leur potentiel créatif. [21]https://www.alainsouloumiac.com/blog
  • Economiste de la santé des Arts & Métiers, Adama Ndongo utilise l’énergie solaire et creuse des puits pour la communauté de Fanaye, au Nord-Sénégal. [22]https://www.youtube.com/watch?v=cYeBy1IXPpQ
  • Présidé par Jacques Bouvet et animé par Anne-Marie de Vaivre, le cercle Entreprises et Santé se consacre à la santé bien commun au travail, depuis bientôt vingt ans. [23]https://www.cercle-es.com/
  • L’association PulsCircula du Dr. Anne Taquet propose une manière de marcher en propulsion afin de mieux irriguer nos 100 000 Kms de vaisseaux sanguins. [24]https://pulscircula.fr/
  • Le Pr. Dominique Grandjean met les capacités olfactives exceptionnelles des chiens au service de la détection le plus tôt possible de maladies humaines. [25]https://savoir-animal.fr/nosais-un-programme-de-recherche-scientifique-visant-a-developper-la-detection-olfactive-canine-de-lhomme-et-des-animaux/

Nous terminons avec la suite des propositions.

⑨ Dans sa célèbre conférence de 1930 sur l’éthique, Ludwig Wittgenstein manifeste que, pour lui, l’éthique est : « l’enquête visant à déterminer ce qui a de la valeur ou qui importe vraiment ». En mutualité, nous n’aurions sans doute pas à rougir d’une telle enquête.

⑩ On pourrait aussi réaliser une cartographie singulière des obstacles locaux à une certaine sûreté éthique.

⑪ Et une clarification entre l’éthique des pratiques et la délégation de l’éthique à des formalismes qui la dégradent en tâches tueuses de joies et de libertés. Qu’en sera-t-il sous l’influence de recommandations personnalisées ?

⑫ Afin d’éviter le « si nous avions su », il semble vital de nous organiser pour partager les meilleures réalisations locales, nationales et internationales de celles et ceux qui, toujours et partout, perçoivent et proposent à temps.
Serait-il raisonnable de ne pas entreprendre lectures partagées et synthèses des œuvres d’historiens de la mutualité, tels Jean Bennet, Michel Dreyfus, Patricia Toucas-Truyen, Charlotte Siney-Lange. Si les chaires Economie Sociale et Solidaire s’y attachent certainement, il serait sans doute utile de relayer très largement de telles synthèses. Et aussi d’entreprendre une lecture commune d’œuvres de dirigeants mutualistes. Pouvons-nous citer celles de Thierry Beaudet [26]Thierry Beaudet, Repoussons les frontières de la démocratie. Irriguer la société, entendre les citoyens, intégrer
les individus, Editions de l’Aube et Fondation Jean-Jaurès, 2023.
, Eric Chenut [27]Eric Chenut, L’émancipation, horizon de nos engagements mutuels, Editions de l’Aube et Fondation Jean-Jaurès, 2020. , Jean-Philippe Milesy [28]Jean-Philippe Milesy, L’Economie sociale et solidaire, dynamiques d’innovation et d’émancipation, Editions du Croquant, 2023. , Alain Arnaud [29]Sous la présidence d’Alain Arnaud, il faut mentionner les nombreuses études du CIRIEC-France, https://ciriec-france.fr/etudes/ Sous l’autorité de Gilbert Deleuil et de Catherine Gras, il faut … Continue reading  ? On n’oubliera pas les œuvres de celles et ceux avec lesquels nous n’avons pas eu l’honneur de travailler.

⑬ Sommes-nous suffisamment entraînés pour penser hors des clans, modes et conformismes qui laminent nos volontés d’apprendre à nous parler ?

⑭ Enfin, regarder notre présent du point de vue de l’avenir favorise le développement d’une éthique au futur responsable. Une éthique de vie.
Un espace coopératif et mutualiste dans les trois secteurs public, privé et pluriel, permet de défricher ensemble un présent attentif au futur. L’autre toujours comme une fin et pas un moyen. Cet ensemble de comportements et de règles du débat éthique conforte la force positive de la cohésion sociale, la solidarité entre les compagnes et les compagnons de voyage que nous sommes toutes et tous. En mutualité, cette voie de l’éthique des pratiques ne vaut-elle pas d’être débattue, enrichie, empruntée de manière sereine et ferme ?

Il y a vingt cinq siècles, Confucius (551-479 av. J.-C.), le professeur qui a eu le plus d’influence dans l’Histoire, a ouvert son Ecole aux pauvres, a eu trois mille élèves dont les soixante-douze meilleurs ont diffusé sa pensée. Au commencement de ses Entretiens, il crée l’expression : « Les hommes d’humanité » [nánzĭ rénlèi] Face à la diversité des traductions, François Cheng, sollicité, a bien voulu répondre : « En principe, « hommes de bien » est la traduction sobre et juste. Mais si vous employez l’expression « femmes et hommes d’humanité », c’est aussi bien. Vous lui donnez une résonance plus explicitement humaniste. »
Essayons donc ensemble d’être des femmes et des hommes d’humanité.

References

References
1 Georges-Yves Kervern (1935-2008), inventeur principal des cindyniques, les sciences du danger.
2 Georges-Yves Kervern, Eléments fondamentaux des Cindyniques, Economica, 1999.
3 Jean-Marie Fessler, Contribution à l’économie des crises. La crise à l’hôpital ?, thèse soutenue le 30 juin 2006 à l’Université Claude Bernard-Lyon I. Ses principaux éléments ont été publiés dans Cindyniques et santé. Contribution des sciences du danger à la santé, préfacé par le Pr. Georges-Yves Kervern, Economica, 2009.
4 Nous remercions Patrick Lagadec, expert des polycrises et promoteur de forces de réflexion rapide.
5 Anne-Marie de Vaivre, Jean-Marie Fessler, Vers l’éthique des pratiques, Revue de l’académie de l’éthique, [im]Pertinences, n°9, Hiver 2019/2020, pp. 19-45.
6 Jean-Marie Fessler, Problématique éthique de l’usage des informations de santé publique, thèse soutenue le 9 octobre 1997 à l’Université René Descartes-Paris V. Le texte, actualisé en 2004 sous le titre Infoéthique et santé publique, est préfacé par le Pr. François Grémy (1929-2014). https://pmb.pfps-churennes.bzh/pmb_ifsi/opac_css/doc_num.php?explnum_id=303
7 Choisir d’être humain est une référence au livre de René Dubos, publié chez Denoël en 1977, et au manifeste
du Pr. Jean-Paul Escande, Manager l’écologie-Préempter le futur, Valeurs Vertes, 2017.
8 Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, UNESCO, 1999, https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000117740_fre
9 Jean Birnbaum, Le courage de la nuance, Seuil, 2021, avec Albert Camus, Hannah Arendt, Raymond Aron,
Georges Bernanos, en particulier.
10 Nous attirons l’attention sur les travaux de Nina Tarhouny qui propose le concept de sociovigilance.
Les risques psychosociaux au travail, l’Harmattan, 2020. https://theses.hal.science/tel-02063105v2/document
11 Nous devons la force de cette question au Pr. François Lhoste.
12 Marie-Jo Thiel, Xavier Thevenot, Pratiquer l’analyse éthique, Les Editions du Cerf, Paris, 1999.
13 Andrew M. Lobaczewski, La ponérologie politique – 2 ème édition : La science du mal, la psychopathie, et les origines du totalitarisme, Pilule rouge, 2024.
14 Milan Kundera, L’Immortalité, Gallimard, 1990.
15 Jean de La Bruyère, Les caractères, 1688. https://www.gutenberg.org/cache/epub/17980/pg17980-
images.html
16 Patrick Lagadec, Sociétés déboussolées. Ouvrir de nouvelles routes, Persée, 2023.
17 Henry Mintzberg, Rééquilibrer la société. Entre le secteur privé, le secteur public et ceux qui agissent
différemment, Maxima, 2017.
18 Timothée Duverger, L’économie sociale et solidaire, Editions La Découverte, 2023.
19 Dominique Bidou, Recivilisation. Pour un futur durable, Kubik Editions, à paraître le 29 mai 2025.
20 https://www.dictionnaire-du-developpement-durable.fr/
21 https://www.alainsouloumiac.com/blog
22 https://www.youtube.com/watch?v=cYeBy1IXPpQ
23 https://www.cercle-es.com/
24 https://pulscircula.fr/
25 https://savoir-animal.fr/nosais-un-programme-de-recherche-scientifique-visant-a-developper-la-detection-olfactive-canine-de-lhomme-et-des-animaux/
26 Thierry Beaudet, Repoussons les frontières de la démocratie. Irriguer la société, entendre les citoyens, intégrer
les individus, Editions de l’Aube et Fondation Jean-Jaurès, 2023.
27 Eric Chenut, L’émancipation, horizon de nos engagements mutuels, Editions de l’Aube et Fondation Jean-Jaurès, 2020.
28 Jean-Philippe Milesy, L’Economie sociale et solidaire, dynamiques d’innovation et d’émancipation, Editions du Croquant, 2023.
29 Sous la présidence d’Alain Arnaud, il faut mentionner les nombreuses études du CIRIEC-France, https://ciriec-france.fr/etudes/ Sous l’autorité de Gilbert Deleuil et de Catherine Gras, il faut mentionner celles de Galilée.sp, https://galileesp.org/
0:00
0:00