Vers une intelligence artificielle à la hauteur du mutualisme ? (1)

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VERS UNE INTELLIGENCE ARTIFICIELLE [1]On peut aussi rappeler que l’une des traductions en Français de l’Anglais intelligence est renseignement. L’IA n’est pas intelligente, il s’agit d’un calcul de probabilités … Continue reading A LA HAUTEUR DU MUTUALISME ?

Certains questionnements et prises de recul...

« L’intelligence ce n’est pas ce que l’on sait. C’est ce que l’on fait quand on ne sait pas. »
Jean Piaget (1896-1980)
Biologiste, psychologue, épistémologue.

Jean-Marie Fessler, président du conseil scientifique. [2]Nous dédions ce travail à quatre mains à nos familles respectives, à nos amies et amis mutualistes, à celles et ceux qui ont cru en l’Institut Montparnasse, depuis sa création par Jean-Michel … Continue reading Avec la relecture attentive de Chloé Beaudet, déléguée générale de l’Institut Montparnasse.

Compte tenu de ce que représente déjà l’IA, le mutualisme, partout dans le monde, les mutuelles et toutes les composantes de l’économie sociale et solidaire s’y intéressent. Ce peut être de manière discrète tant la disproportion est considérable entre les ressources et la communication géopolitique dont bénéficie l’IA et les réalités des femmes et des hommes qui font face aux défis quotidiens. Ceux de la misère, de la santé, de l’habitat, de l’eau, de l’agriculture et de l’alimentation, de l’argent de l’économie réelle, de l’état de chaque territoire, de l’énergie, des réseaux techniques vitaux. Ainsi, chaque jour, 500 millions de dollars sont consacrés à l’IA, en constante augmentation. Il s’agit de la même somme que n’ont pas ensemble 250 millions d’êtres humains en situation d’extrême pauvreté, sur les 2,8 milliards de personnes qui sont dans la même situation de devoir vivre avec moins de 2 dollars par jour.

Dans le parcours proposé ici, celui de liens multiples entre l’IA et le mutualisme, nous avons le choix entre deux approches.
La première, descendante, viserait la liste de nos inadaptations et des injonctions à nous adapter, liste et injonctions prescrites par les tenants de la seule puissance, celle de l’IA, en particulier.
Aisément convaincues qu’un certain esprit prospectif participe de la responsabilité de nos organisations mutualistes, celles-ci se livrent à ce travail nécessaire mais redoutable.
Redoutable car intrinsèquement dépendant de la solidité et de la sincérité des informations dont nous disposons sur les  réalités des applications d’IA. Nous pouvons parfois douter de la sincérité de certains éléments de langage conçus pour s’aligner sur des codes éthiques et nous nous heurtons aussi aux légitimités multiples du secret des affaires, de l’intelligence économique, voire du secret Défense.
La seconde approche, ascendante, retourne la « charge de la preuve » : quelles visions de l’humain, portées par le  mutualisme, sont-elles privilégiées par l’IA ? 

On essayera de creuser ici cette seconde approche. Compte tenu de  l’immensité des domaines embrassés par l’IA et du nombre encore restreint de celles et ceux, ingénieurs, dont l’IA est le cœur de métier, l’extrait suivant semble s’imposer. Il émane de Laurence Devillers, professeure en intelligence artificielle, experte de la coévolution homme-machine, de la modélisation des émotions et du dialogue homme-robot : « Nous sommes en train d’imiter le langage humain [3]Nous sélectionnons en gras ce que nous retenons tout particulièrement. , avec les conséquences sociétales et philosophiques que cela implique. Les changements pour l’individu et la société qui peuvent être amenés par ces outils sont énormes. Les systèmes d’IA sont
des outils sociotechniques non conscients, sans émotion et sans intention. Il faut arrêter de faire du marketing autour de la nature de ces objets. Ce sont des objets mathématiques qui peuvent être utiles pour mieux comprendre qui nous sommes, nos biais cognitifs et comment cette production de langage fonctionne. »
[4]Nicolas Martin, La naissance du savoir. Dans la tête des grands scientifiques, Laurence Devillers, Informatique et intelligence artificielle, Les Arènes, 2023, p. 315. « (…) mieux comprendre qui nous sommes » : voilà une finalité commune à l’IA et aux mutuelles.

Par exemple, si l’on demande à Claude, l’outil génératif du modèle Anthropic, de nous donner une définition matérielle de l’IA, voici sa réponse : « l’IA peut être définie comme un système d’agents rationnels qui perçoivent leur environnement via des capteurs, construisent des représentations internes de cet environnement, et sélectionnent des actions via des effecteurs afin de maximiser une fonction d’utilité ou d’atteindre des objectifs spécifiques. »
Les modèles de langage Claude sont formés sur plus de 137 milliards de paramètres de texte et de code. Précisons ici que si les réponses de Claude ont un sens pour nous, elles ne sont qu’une suite de mots organisés selon un calcul de probabilité. La machine n’est dotée ni de conscience, ni d’intention, malgré ce que laisse supposer la terminologie IA.

La conférence de Dartmouth

Un bref rappel historique s’impose.
C’est la conférence de Dartmouth, atelier scientifique qui s’est tenu, pendant l’été de 1956, sur le campus du Dartmouth College, à Hanover, aux Etats-Unis, qui nomme l’Intelligence Artificielle (IA), à l’instigation du Pr. John McCarthy (1927-2011). Vingt chercheurs d’exception sont réunis, de manière discontinue.
Si la conférence n’est pas un long fleuve tranquille, tous partagent cette croyance : penser ne serait pas une propriété spécifique aux humains et aux êtres biologiques. Des ordinateurs peuvent être fabriqués pour exécuter des tâches intelligentes. [5]https://denisevellachemla.eu/transc-dartmouth.pdf
En outre, le rêve de certains pionniers de l’IA de créer leur double et d’y télécharger leur esprit pour vivre éternellement dans le cyberespace et ainsi le sauver des limitations d’un corps mortel, a joué un certain rôle dans cette dénomination « intelligence ».

Mutualistes, adhérons-nous à une conception machinique de l’intelligence, libérée de la vie corporelle et donc sans désir, intention, émotion, temporalité, sans expérience ?
En quoi consiste ce projet d’amélioration de l’espèce humaine avec l’IA et l’ingénierie génétique ? Une promesse de vie artificielle ? Un statut de consommateurs et acheteurs – celles et ceux qui en auront les moyens – de l’augmentation de nos facultés, prothèses comprises ?

Précaution préalable : un débat sur nos paradigmes ?

Avant de tenter d’y répondre, un véritable débat, en soi-même et avec autrui,
doit intervenir sur nos paradigmes.
La définition du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales est ainsi
posée : « Conception théorique dominante ayant cours à une certaine époque dans une communauté scientifique donnée, qui fonde les types d’explication envisageables, et les types de faits à découvrir dans une science donnée. »
Plus généralement, pratiques sociales, langages, expériences du monde produisent des structures imaginaires, des visions du monde. Un paradigme construit des réflexes cognitifs et affectifs. [6]Nous exprimons notre gratitude à Michel Paillet, Dominique Genelot, Jean-Yves Rossignol et Stéphane Bernard pour leurs engagements au service des progrès de l’intelligence de la complexité.

Quels sont nos paradigmes mutualistes ?

Sans avoir de légitimité élective, nous avançons seulement celle de la question. Quant aux réponses, elles pourraient être l’objet d’un débat profond et ouvert. Evidemment, nos principes de solidarité et d’entraide sont fondateurs.
Les membres des mutuelles partagent les risques et les cotisations sont utilisées pour couvrir les besoins de celles et ceux qui en ont. Il en va de même de la non-lucrativité, de l’indivisibilité des fonds propres et du réinvestissement des excédents dans les services. On ajoutera bien sûr la gestion démocratique où chaque membre a une voix. Et aussi la maîtrise des coûts des services de santé et de protection sociale.
Enfin, la prévention semble au cœur des stratégies.

Ces paradigmes ont des racines historiques bien plus profondes que les deux derniers siècles. [7]Jean Bennet, La Mutualité français à travers sept siècles d’histoire, Coopérative d’information et d’édition mutualiste, 1975.
Aujourd’hui, mutuelles de santé, de prévoyance en cas d’incapacité de travail, d’assurance pour divers risques tels que l’habitation et l’automobile, présentent des complexités variées, sous des législations visant à protéger les usagers.
Toutes sont confrontées à la concurrence, aux évolutions démographiques, aux besoins changeants des adhérents ou sociétaires. Sous couvert de régulation-transparence, la densité technique devient prégnante. [8]On pourrait s’interroger sur les « retours d’expérience » des évolutions plus ou moins contraintes des vingt dernières années. Dans ce contexte, l’IA, de manière intuitive, peut contribuer à la conformité réglementaire, à la personnalisation des offres et des réponses aux questions des mutualistes, à la gestion des sinistres, à l’analyse des données de santé, en particulier.

Au total, le récit mutualiste pourrait se définir comme une vision collective et solidaire où les personnes et les organisations – professionnelles, notamment – s’unissent pour créer et maintenir une société plus équitable et durable.
Ce récit repose sur des valeurs de coopération, de solidarité et de soutien mutuel, avec un objectif commun : l’amélioration de la vie de toutes et tous, en particulier des plus vulnérables. Plutôt que de laisser les individus se débrouiller seuls dans une compétition tous azimuts, les personnes se soutiennent, partagent et échangent des ressources, s’attachent librement et concrètement au bien commun.

Quels peuvent être les paradigmes de l’IA ?

L’intelligence artificielle (IA) est le domaine industriel qui consiste à construire des systèmes effectuant des travaux qui, avant elle, font appel à la seule intelligence humaine. Il en va ainsi de la reconnaissance de forme, des perceptions visuelle et auditive, de la reconnaissance vocale, de la traduction entre langues, de l’aide à la décision, notamment. L’IA générative produit de nouveaux contenus.

Sous la réserve de nécessaires approfondissements, on peut évoquer les cinq paradigmes qui suivent. L’IA symbolique, basée sur des règles et des symboles, utilise des représentations explicites de la connaissance et des systèmes de règles pour résoudre des problèmes. L’apprentissage automatique (machine learning) permet aux systèmes d’apprendre à partir de données. Il domine aujourd’hui. Les réseaux de neurones, inspirés du fonctionnement du cerveau humain, sont particulièrement efficaces pour des tâches comme la reconnaissance d’images et le traitement du langage naturel. On peut ajouter l’IA évolutionnaire qui utilise des algorithmes inspirés de la théorie de l’évolution pour optimiser des solutions à des problèmes complexes. Et l’IA basée sur les connaissances. Elle est focalisée sur l’acquisition, la représentation et l’utilisation des connaissances pour résoudre des problèmes.
Ces paradigmes peuvent être combinés.

Au total, tant en ce qui concerne le mutualisme que l’IA, les paradigmes identifiés mettent en évidence leur cadre de référence respectif, l’évolution des idées et des technologies – ce qui est nécessaire pour anticiper les tendances futures -, leur contribution à la résolution de problèmes qui se posent aux sociétés humaines.
En mutualité comme en IA, l’interdisciplinarité constitue la meilleure manière de faire, voire un passage obligé.
En mutualité, négliger l’anthropologie, la démographie, la psychologie, l’évolution des mentalités et la sociologie, l’histoire et la géographie locales, la science économique et actuarielle, notamment, peut conduire à des impasses.
En IA, a minima, l’informatique, les mathématiques, les neurosciences sont incontournables.

En mutualité comme en IA, les sciences politiques devraient pouvoir prendre leur part. Néanmoins, la pauvreté du débat public, la lutte des places et le bal des ego, les violences et archaïsmes idéologiques à l’encontre du sens commun, les privent de ces rendez-vous avec l’histoire en construction.
D’ailleurs, pensée critique et démarches d’évaluation équilibrées qui conditionnent aussi bien la bonne santé de nos organisations mutualistes que celle des applications de l’IA en sont largement bannies. La convocation aux élections est insuffisante pour nourrir la démocratie. Quant au pouvoir, il est trop souvent brigué pour une consommation individuelle inconciliable avec un service à rendre. On préfèrerait une présentation concrète des enjeux, choix et conséquences à des mises en demeure de se réveiller proférées à d’autres. Le « problème » est peut-être moins l’IA que certaines propensions à la servitude de l’immense majorité des uns par quelques autres.
Peut-on rappeler qu’au cours de la décennie 2010-2020, 90 pays ont vécu des manifestations populaires considérables, durement réprimées par les gouvernants ?
La manière dont les puissants choisissent parmi les émergences celles qu’ils vont étouffer ou simplement ignorer et celles qu’ils vont soutenir semble déterminante, dans un monde marqué par la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté. Et par certains faits massifs d’impuissance et de vulnérabilité, et non seulement des sentiments ou des impressions.
Si les récits diffusés autour de l’IA ne propulsent que les intérêts et l’exhibitionnisme d’oligarchies imposant aux « masses populaires » de s’adapter, ce n’est pas faire acte audacieux de prospective que de prévoir une prolifération de la violence, sous surveillance orwellienne généralisée.

Pour autant, n’aurions-nous pas rendez-vous avec nous-même et avec la qualité de nos relations interhumaines ? Ne serait-ce que pour nous abstenir de véhiculer approximations et mensonges, messages idéologiques délétères, etc.

Détaillons la suite de notre cheminement. Outre les faits et données qui viennent d’être évoqués, la partie qui suit vise à les compléter.

D’abord, les dimensions même de l’IA, en conception et en application, valent de nous immerger un peu dans l’océan de références bibliographiques (I) et de travaux épistémologiques, dont certains sollicitent une étude collective approfondie.
Il nous semble important d’évoquer ensuite quelques dangers qui peuvent inspirer le débat mutualiste (II).
La protection des droits de l’esprit humain apparaît centrale (III).
Ethique et éthique des pratiques sont définies (IV).
Des conditions du débat infoéthique appliqué à l’IA et des questionnements personnels et collectifs sont développés (V).
Enfin, des propositions sont présentées (VI). Elles visent à stimuler nos capacités de choisir d’être humain, avec l’IA, en prenant soin de nos interactions constructives.

Le titre de cette contribution se termine par un point d’interrogation.
Ce signe de ponctuation exprime que l’accent mis sur les questionnements précède l’ordre des réponses et signale la possibilité d’une issue incertaine.
En effet, les rapports de puissance semblent disproportionnés.
Notre parcours au travers de quelques faits, données et perceptions portant sur l’IA vise à en apprécier l’ampleur et les impressionnantes réalisations et ambitions. Mais il semble inane de nous représenter l’IA sous la forme d’un « objet » dont on pourrait borner les contours scientifiques et techniques et en anticiper clairement la plupart des impacts de ses usages potentiels. [9]En témoigne le considérable travail d’Olivier Ezratty, Les usages de l’intelligence artificielle, 2021.https://www.oezratty.net/wordpress/2021/usages-intelligence-artificielle-2021/ Son blog, … Continue reading
Rien qu’en santé, l’IA est déjà largement utilisée, que ce soit pour les diagnostics (imagerie médicale, génomique, médecine prédictive, télémédecine…), les thérapies (robot chirurgical) ou pour la gestion des systèmes de santé et des soins dans la durée (prévention des erreurs, réduction des risques, prévision de coûts…).
La forme plurielle, les IA, ne serait-elle pas plus précise ?
Si le nombre d’entreprises d’IA est estimé à 70 000, les trois quarts des 359 millions d’entreprises dans le monde explorent déjà ses utilisations possibles, dans tous les domaines. [10]Les données évoquées dans cet article proviennent de plusieurs sources, dont les portails en ligne Statista et
Eurostat. Elles visent à donner une idée des dimensions présentes de l’IA.

Précisons enfin que certains enjeux que nous ne développerons pas ici ne doivent pour autant pas être occultés des décisions relatives au développement de l’IA, bien qu’ils paraissent relever d’autres niveaux de responsabilité.
Utilisateurs, nous dépendons de matières premières – fer, carbone, aluminium, cuivre, or, lithium, tantale, gallium, etc. -, des puces électroniques et des réseaux de télécommunications, câbles sous-marins et satellites. Qu’en est-il de nos vulnérabilités nationales, européennes et mondiales sur ces chapitres ?
Commerce mondial et géopolitique sont en première ligne.
Entrainer un seul modèle d’IA peut émettre autant de dioxyde de carbone que cinq voitures dans leur vie [11]Emma Strubell, Ananya Ganesh, Andrew McCallum, Energy and Policy Considerations for Deep Learning in NLP (natural language processing), 2019. https://aclanthology.org/P19-1355/ .
Aux Etats-Unis, certains géants du numérique passent commande auprès des gestionnaires de réacteurs nucléaires pour sécuriser leurs futurs approvisionnements en électricité liés à l’augmentation exponentielle de l’IA.
L’impact écologique des data centers ne peut pas être ignoré.

Il faut une IA éthique, mais aussi sobre et utile à la société.

I. Un océan de références bibliographiques…

Modestement, nous proposons l’esquisse suivante de regroupement.

  • Les mathématiques : des algorithmes [12]Dominique Cardon, A quoi rêvent les algorithmes. Nos vies à l’heure des big data, Seuil et La République des
    idées, 2015.
    , [13]Aurélie Jean, Les algorithmes font-ils la loi ? Editions de l’Observatoire/Humensis, 2021. et au-delà, théorie du chaos [14]Etienne Ghys, La théorie du chaos, CNRS Editions/De Vive Voix, 2023. comprise.
  • La physique et la mécanique quantique.
  • Les sciences cognitives.
  • L’informatique et la science des données. [15]Gérard Berry, La pensée informatique, CNRS Editions/De Vive Voix, 2019.
  • La science du complexe. [16]Jean-Louis Le Moigne, Edgar Morin, Colloque de Cerisy, Intelligence de la complexité, Epistémologie et pragmatique, Editions de l’Aube, 2007. , [17]Stéphane Bernard, Complexité mon amour ! 006 Ed. CCEE, 2022.
  • L’intelligence artificielle, théories et pratiques [18]Pour une acculturation technique au NLP (natural language processing) : https://huggingface.co/learn/nlp-course/en/chapter1/2?fw=pt .

Kai-Fu Lee, l’un des plus grands experts de l’IA, a pu titrer : I.A. La plus grande mutation de l’Histoire. [19]Kai-Fu Lee, I.A. La plus grande mutation de l’Histoire, Les Arènes, 2019.
Pour sa part, Karim Massimov, ancien Premier ministre du Kazakhstan (2007-2012 ; 2014-2016), le plus vaste pays enclavé au monde, titre : Le prochain maître du monde : l’intelligence artificielle. [20]Karim Massimov, Le prochain maître du monde : l’intelligence artificielle, Fayard, 2020. Il développe les voies et moyens d’une amélioration du monde par l’IA.
Le dialogue entre le spécialiste du cerveau Stanislas Dehaene et celui des neurones artificiels Yann Le Cun, avec le journaliste et écrivain Jacques Girardon, concrétise la formidable voie de l’interdisciplinarité. [21]Stanislas Dehaene, Yann Le Cun, Jacques Girardon, La plus belle histoire de l’intelligence, Editions Robert
Laffont, 2018.

Bien que filtres idéologiques, lutte des places, données lacunaires et déni des faits aient souvent entamé la crédibilité des sciences humaines et sociales, on ne peut les ignorer dans cette brève revue de la littérature : de l’anthropologie [22]Nous souhaitons souligner l’immense travail qui a permis l’écriture et la publication du Dictionnaire des
mythes littéraires, sous la direction de Pierre Brunel, Editions du Rocher, 1988.
à l’économétrie, de l’histoire orale et écrite, quand elle s’efforce de documenter les conditions de vie de nos ascendants, aux sciences politiques.
Sur un autre chapitre, comment ne pas tenir compte des travaux de Christian Morel, cadre dirigeant, sur l’empire des erreurs, [23]Christian Morel, Les décisions absurdes. Sociologie des erreurs radicales et persistantes. II Comment les éviter.III L’enfer des règles. Les pièges relationnels. Editions Gallimard, 2002, 2012, … Continue reading et de ceux de François Belley, producteur d’idées, sur le spectacle politique [24]François Belley, https://www.institutdiderot.fr/les-publications-de-linstitut-diderot/lhomme-politique-face-aux-diktats-de-la-com/ 2023. Le nouveau spectacle politique, Editions Nicaise, 2022. ?

Des penseurs prennent assise sur leur culture scientifique et leurs recherches alertent et proposent. Pour notre part, nous pensons particulièrement au physicien Stephen Hawking [25] Stephen Hawking, Brèves réponses aux grandes questions, Odile Jacob, 2018. (1942-2018).
Et à Jean Staune [26]Jean Staune, L’intelligence collective, clé du monde de demain, Editions de l’Observatoire/Humensis, 2019. , Patrick Lagadec [27]Patrick Lagadec, Le continent des imprévus. Journal de bord des temps chaotiques, Les Belles Lettres, 2015. , Dominique Bidou [28]Dominique Bidou, Le développement durable, l’intelligence du XXIe siècle, Editions PC, 2011. , Eloi Laurent [29]Eloi Laurent, Economie pour le XXIe siècle. Manuel des transitions justes, Editions La Découverte, 2023. , Aurélien Barrau [30]Aurélien Barrau, Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité. Face à la catastrophe écologique et sociale, Editions Michel Lafon, 2019. . Leurs blogs sont éclairants.
Yuval Noah Harari [31]Yuval Noah Harari, 21 leçons pour le XXIe siècle, Albin Michel, 2018. évoque ainsi l’œuvre d’un autre : « L’ouvrage de Rutger Bregman m’a fait voir l’humanité sous un nouveau jour. » De fait, Humanité présente et documente l’idée que la plupart des gens sont bons. [32]Rutger Bregman, Humanité. Une histoire optimiste, Seuil 2020.
On se reportera bien sûr à des travaux officiels majeurs.
Ceux de l’Union européenne ayant contribué à l’AI Act [33]https://artificialintelligenceact.eu/fr/ de 2024, de l’OCDE, IA et marché du travail [34]https://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-de-l-emploi-de-l-ocde-2023_aae5dba0-fr.html , de l’OIT, Minimiser les effets négatifs du chômage technologique induit par l’IA [35]https://www.ilo.org/fr/resource/article/minimiser-les-effets-negatifs-du-chomage-technologique-induit-par-lia , de l’UNESCO, du CESE [36]https://www.lecese.fr/travaux-publies/impacts-de-lintelligence-artificielle-risques-et-opportunites-pour-lenvironnement , de la CNIL [37]https://www.cnil.fr/fr/comment-permettre-lhomme-de-garder-la-main-rapport-sur-les-enjeux-ethiques-des-algorithmes-et-de .
Et à ce que la longue et rare expérience de quelques-uns leur permet d’écrire. [38]Mario Draghi, The future of European competitiveness, 2024, uniquement disponible en anglais. [39]André Yché, La puissance des Nations (préface de Jean Tulard), Economica, 2013. La cité des hommes,
Economica, 2017.

En ajoutant de remarquables revues de synthèse de l’état et des évolutions des sciences et des technologies et même en tenant compte des efforts d’auteurs et d’éditeurs pour nous proposer des ouvrages courts [40]Etienne Klein, Le goût du vrai, TRACTS, Gallimard, 2020. , [41]Guénaëlle Gault, David Medioni, Quand l’info épuise. Le syndrome de fatigue informationnelle, Editions de l’Aube et Fondation Jean-Jaurès, 2023. , nous constaterons aisément être débordés par le volume, la qualité aussi et les références incontournables à d’immenses champs scientifiques et technologiques.
Dans ces conditions, il semble nécessaire de prendre en considération les efforts de décryptage de certains philosophes.

Qu’on en juge avec Eric Sadin, penseur du monde numérique depuis 2009, au moins. En 2018, il publie, L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical. [42]Eric Sadin, L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical, L’Echappée,
2018.
C’est l’exemple d’une œuvre qui, nous semble-t-il, devrait être au centre d’une lecture collective approfondie et d’échanges à la hauteur des observations que son auteur met en exergue : le tournant injonctif de la technique, vers des technologies de la perfection, le pouvoir d’énoncer la vérité, des dispositifs à éradiquer le doute, le règne du comparatif, l’administration automatisée des conduites, en particulier.

Ne serait-il pas téméraire, voire irresponsable, de hausser les épaules ?

Entre les dieux et les inutiles, évoqués par Yuval Noah Harari, et une mise en compétition entre nous et les machines, sur des terrains secrètement et minutieusement tracés par les maîtres des horloges de la vie des autres, quel humanisme y résistera ?
Le citer s’impose ici : « La fusion de l’infotech et de la biotech pourrait sous peu chasser des milliards d’êtres humains du marché de l’emploi tout en minant la liberté et l’égalité. Les algorithmes Big Data pourraient créer des dictatures digitales au pouvoir concentré entre les mains d’une minuscule élite tandis que la plupart des gens souffriraient non de l’exploitation mais de quelque chose de bien pire : d’être devenus inutiles. » [43]Yuval Noah Harari, op. cit., p. 14.

Loin de nous décourager, le conditionnel nous oblige : imaginer, dessiner, expérimenter d’autres issues. Nous pensons naturellement ici aux myriades d’initiatives des coopératives, mutuelles, associations, fondations de l’économie sociale et solidaire et que la journaliste Bénédicte Manier, par exemple, reprend sous le titre : Un million de révolutions tranquilles. [44]Bénédicte Manier, Un million de révolutions tranquilles, Les Liens qui Libèrent, 2016.
S’agissant de la santé en France, notre enquête, au titre du CIRIEC-France, manifeste l’importance de telles réalisations locales et citoyennes. [45]Sous l’animation et la coordination d’Alain Arnaud et du Dr. Nicolas Leblanc, Avec l’Economie Sociale et Solidaire … Agir ensemble pour la « bonne santé » de toutes et … Continue reading

Connaissant bien les difficultés de celles et ceux qui s’y engagent, les saluer s’impose à nous.
Les références bibliographiques citées et utilisées dans cet article nécessitent des lectures approfondies et ne souffrent guère le survol. C’est d’autant plus vrai, nous semble-t-il, que les liens entre l’IA en devenir, le mutualisme et l’éthique portent des questions de nature épistémologique et visent donc les théories et les philosophies des sciences.

References

References
1 On peut aussi rappeler que l’une des traductions en Français de l’Anglais intelligence est renseignement. L’IA n’est pas intelligente, il s’agit d’un calcul de probabilités mathématiques d’occurrence.
2 Nous dédions ce travail à quatre mains à nos familles respectives, à nos amies et amis mutualistes, à celles et ceux qui ont cru en l’Institut Montparnasse, depuis sa création par Jean-Michel Laxalt, en 2009, et le font vivre, au conseil d’administration, au conseil scientifique, à la MGEN, au groupe VYV et chez nos multiples partenaires. Nous remercions chaleureusement Florian Betton de sa contribution.
3 Nous sélectionnons en gras ce que nous retenons tout particulièrement.
4 Nicolas Martin, La naissance du savoir. Dans la tête des grands scientifiques, Laurence Devillers, Informatique et intelligence artificielle, Les Arènes, 2023, p. 315.
5 https://denisevellachemla.eu/transc-dartmouth.pdf
6 Nous exprimons notre gratitude à Michel Paillet, Dominique Genelot, Jean-Yves Rossignol et Stéphane Bernard pour leurs engagements au service des progrès de l’intelligence de la complexité.
7 Jean Bennet, La Mutualité français à travers sept siècles d’histoire, Coopérative d’information et d’édition mutualiste, 1975.
8 On pourrait s’interroger sur les « retours d’expérience » des évolutions plus ou moins contraintes des vingt dernières années.
9 En témoigne le considérable travail d’Olivier Ezratty, Les usages de l’intelligence artificielle, 2021.
https://www.oezratty.net/wordpress/2021/usages-intelligence-artificielle-2021/ Son blog, Opinions Libres, existe depuis 2006.
10 Les données évoquées dans cet article proviennent de plusieurs sources, dont les portails en ligne Statista et
Eurostat. Elles visent à donner une idée des dimensions présentes de l’IA.
11 Emma Strubell, Ananya Ganesh, Andrew McCallum, Energy and Policy Considerations for Deep Learning in NLP (natural language processing), 2019. https://aclanthology.org/P19-1355/
12 Dominique Cardon, A quoi rêvent les algorithmes. Nos vies à l’heure des big data, Seuil et La République des
idées, 2015.
13 Aurélie Jean, Les algorithmes font-ils la loi ? Editions de l’Observatoire/Humensis, 2021.
14 Etienne Ghys, La théorie du chaos, CNRS Editions/De Vive Voix, 2023.
15 Gérard Berry, La pensée informatique, CNRS Editions/De Vive Voix, 2019.
16 Jean-Louis Le Moigne, Edgar Morin, Colloque de Cerisy, Intelligence de la complexité, Epistémologie et pragmatique, Editions de l’Aube, 2007.
17 Stéphane Bernard, Complexité mon amour ! 006 Ed. CCEE, 2022.
18 Pour une acculturation technique au NLP (natural language processing) : https://huggingface.co/learn/nlp-course/en/chapter1/2?fw=pt
19 Kai-Fu Lee, I.A. La plus grande mutation de l’Histoire, Les Arènes, 2019.
20 Karim Massimov, Le prochain maître du monde : l’intelligence artificielle, Fayard, 2020.
21 Stanislas Dehaene, Yann Le Cun, Jacques Girardon, La plus belle histoire de l’intelligence, Editions Robert
Laffont, 2018.
22 Nous souhaitons souligner l’immense travail qui a permis l’écriture et la publication du Dictionnaire des
mythes littéraires, sous la direction de Pierre Brunel, Editions du Rocher, 1988.
23 Christian Morel, Les décisions absurdes. Sociologie des erreurs radicales et persistantes. II Comment les éviter.
III L’enfer des règles. Les pièges relationnels. Editions Gallimard, 2002, 2012, 2018.
24 François Belley, https://www.institutdiderot.fr/les-publications-de-linstitut-diderot/lhomme-politique-face-aux-diktats-de-la-com/ 2023. Le nouveau spectacle politique, Editions Nicaise, 2022.
25 Stephen Hawking, Brèves réponses aux grandes questions, Odile Jacob, 2018.
26 Jean Staune, L’intelligence collective, clé du monde de demain, Editions de l’Observatoire/Humensis, 2019.
27 Patrick Lagadec, Le continent des imprévus. Journal de bord des temps chaotiques, Les Belles Lettres, 2015.
28 Dominique Bidou, Le développement durable, l’intelligence du XXIe siècle, Editions PC, 2011.
29 Eloi Laurent, Economie pour le XXIe siècle. Manuel des transitions justes, Editions La Découverte, 2023.
30 Aurélien Barrau, Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité. Face à la catastrophe écologique et sociale, Editions Michel Lafon, 2019.
31 Yuval Noah Harari, 21 leçons pour le XXIe siècle, Albin Michel, 2018.
32 Rutger Bregman, Humanité. Une histoire optimiste, Seuil 2020.
33 https://artificialintelligenceact.eu/fr/
34 https://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-de-l-emploi-de-l-ocde-2023_aae5dba0-fr.html
35 https://www.ilo.org/fr/resource/article/minimiser-les-effets-negatifs-du-chomage-technologique-induit-par-lia
36 https://www.lecese.fr/travaux-publies/impacts-de-lintelligence-artificielle-risques-et-opportunites-pour-lenvironnement
37 https://www.cnil.fr/fr/comment-permettre-lhomme-de-garder-la-main-rapport-sur-les-enjeux-ethiques-des-algorithmes-et-de
38 Mario Draghi, The future of European competitiveness, 2024, uniquement disponible en anglais.
39 André Yché, La puissance des Nations (préface de Jean Tulard), Economica, 2013. La cité des hommes,
Economica, 2017.
40 Etienne Klein, Le goût du vrai, TRACTS, Gallimard, 2020.
41 Guénaëlle Gault, David Medioni, Quand l’info épuise. Le syndrome de fatigue informationnelle, Editions de l’Aube et Fondation Jean-Jaurès, 2023.
42 Eric Sadin, L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical, L’Echappée,
2018.
43 Yuval Noah Harari, op. cit., p. 14.
44 Bénédicte Manier, Un million de révolutions tranquilles, Les Liens qui Libèrent, 2016.
45 Sous l’animation et la coordination d’Alain Arnaud et du Dr. Nicolas Leblanc, Avec l’Economie Sociale et Solidaire … Agir ensemble pour la « bonne santé » de toutes et tous ! Editions du CIRIEC-France, rapport d’étude, 2024. https://www.ess-france.org/avec-l-ess-agir-pour-la-bonne-sante-de-toutes-et-tous
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